Jack Lang : « Mandela est toujours vivant en nous »



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Crédits : PR Photos
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Comme nous vous l’avons dès hier soir, Nelson Mandela est donc décédé ce jeudi 5 décembre 2013 à l’âge de 95 ans. Depuis le monde rend unanimement hommage à ce grand homme qui a tant fait pour l’humanité.


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Parmi les nombreux hommages qui lui ont été rendus, notez ceux de Jack Lang, ancien ministre de la Culture, et Joëlle Bourgois, ambassadrice de la France en Afrique du Sud de 1991 à 1995. Ils étaient tous deux invités d’Europe 1 ce matin.

Voici leurs principales déclarations :

Jack Lang, à quoi avez-vous pensé quand vous avez appris que Mandela était parti définitivement ?


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« J’ai pensé précisément qu’il n’était pas parti définitivement. Il a quitté physiquement notre Terre mais il n’a pas quitté tous ceux qui dans le monde croient à la tolérance et la liberté. Et longtemps encore, il habitera le cœur et l’imaginaire des citoyens. Sa légende est si puissante, son itinéraire de vie, sa saga est si puissante, que Mandela est toujours vivant en nous. Il sera je pense un exemple pour tous ceux qui croient encore que la politique, ce n’est pas ces petites choses dont on se moque souvent à raison chaque jour. C’est aussi parfois de grandes choses : la fidélité aux convictions, le courage, le caractère, la capacité à assurer le respect des personnes et de la tolérance. L’acte le plus souvent cité de Mandela c’est qu’après sa libération, loin de réprimer les gens de l’apartheid, il a tendu la main et il a établi ce lien entre lui-même et ceux de l’avenir. Cette réconciliation avec ses ennemis d’hier est un acte qui a touché et continue de toucher, je crois, beaucoup de gens. »

Joëlle Bourgois, votre premier poste, ç’a été d’être ambassadrice en Afrique du Sud de 1991 à 1995, c’est à dire dans ces années où Mandela a été libre et où il a accédé à la présidence sud-africaine. Vous l’avez rencontré à plusieurs reprises. Quelle est votre premier souvenir, la première impression quand on a Nelson Mandela en face de soi ?

« Je l’ai rencontré le lendemain de la présentation de mes lettres de créance, c’est-à-dire dès mon arrivée. Et puis après, nous ne sommes plus quittés pendant 5 ans. Ensuite, il est venu me voir à chaque fois qu’il voyageait aux Etats-Unis, en Europe. La première impression, c’est qu’il était le plus grand, qu’il le savait. Et qu’il fallait l’aider, de toutes les minuscules forces que l’on pouvait avoir. Et croyez-moi, ce n’était pas si facile que ça, à l’époque. »

Etait-il aussi simple et accessible qu’il en avait l’air ? On le voit avec ce sourire sur les journaux ce matin, avec cette apparente simplicité…

« Il était tout et son contraire. Personne ne comprendra jamais Madiba. Madiba était un prince et un seigneur. Et il le savait. C’était un homme qui était attentif aux sentiments des plus humbles, qui se comportait toujours avec une immense simplicité, mais qui n’oubliait jamais qui il était. »

Je voudrais qu’on réécoute une séquence où il est sur scène avec Johnny Clegg. « C’est la musique et la danse qui m’ont permis d’être en paix avec le monde et moi-même », dit-il. Suit cette chanson hommage écrite par Johnny Clegg à l’époque. On connaissait son sourire, son goût pour la musique. Mais on réalise qu’on ne connaissait pas grand-chose de lui au final.

« On ne savait pas grand-chose de lui parce qu’il était un homme secret, extrêmement complexe. C’était un Dom Juan irrésistible capable d’attirer ses ennemis les plus tenaces, les conquérir par son sourire. On peut penser à un de ses ennemis politiques, le prince Bouthelezi. On peut aussi penser, ça amusera Jack Lang, à M. Balladur qui, quand il était venu en Afrique du Sud, n’était pas acquis d’avance à la personnalité de Mandela, et qui, comme tous les autres, était sous le charme.

Jack Lang, ça vous dit quelque chose, ce que dit Madame Bourgois ?

« Je partage entièrement ce qu’elle dit. Et puisque vous évoquez la musique, on pourrait aussi parler du théâtre. Le livre que j’ai composé sur lui se présente comme une sorte de dramaturgie, le comparant à différents personnages de l’histoire du théâtre : Antigone, Spartacus et tant d’autres… Le théâtre a aussi été pour lui, pas seulement la musique, une manière d’échapper à l’oppression à Rhodes Island. Avec ses camarades, il jouait souvent Antigone. Lui-même était, par sa façon d’être, un homme de théâtre. On évoquait à l’instant sa prestance, son allure, sa puissance. C’était un personnage haut en couleur mais qui conservait cette simplicité de relation, cette générosité et puis cette audace. Pour moi, un des faits les plus forts, c’est à la fin de son procès, il venait d’être condamné à mort. Il voulait prendre la parole, il s’est substitué à ses avocats et a dit à ses juges : « Je suis prêt à mourir. Je suis prêt à mourir pour la cause que je défends. » Finalement, les juges ne l’ont pas condamné à mort. »

« Joëlle Bourgois : Contre l’avis de son avocat et de son ami, d’ailleurs. »

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